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Martin Jacque, un éditeur sur le web
   Les frontières intérieures de Martin Jacque. Portrait.
Depuis 65 ans, son parcours se construit dans une quête identitaire, qui se joue dans la recherche de différenciation d’avec le père, chanteur d’opérette, et d’un homonyme omniprésent sur le PAF dont il a su s’affranchir en inversant son nom et prénom, au « s » près.
Le cheminement d’un homme qui trouve sa cohérence en trouvant son génie* : ses multiples activités** parlent de lui, elles sont les multiples facettes d’un « raconteur d’histoires » qui parcoure le monde et passe les frontières des arts littéraires autant que ses propres frontières. « On affirme ses projets artistiques quand on ouvre les yeux sur le monde. La planète est ma maison. ».
Rebelle davantage que révolutionnaire, ses tournants artistiques sont jalonnés de rencontres avec les femmes qui lui ouvrent les frontières de lui-même. La vie personnelle de Martin Jacque se retrouve au travers de ses thèmes majeurs d’écriture : la quête identitaire, les rites initiatiques, la rencontre avec l’autre pour se trouver soi-même, et… trouver son génie.
*« Avec léditeurenligne .com, je rejoins deux de mes expériences passées : la création littéraire et l’informatique (j’ai d’abord commencé par être ingénieur informatique). Mais, je continue d’être obsédé par le théâtre. »
** L’écriture, le théâtre, la mise en scène, la production d’émissions de télé, la BD
   Entretien.
Vous avez créé L’éditeur en ligne.com en mars 2010. Quel est votre modèle économique ? Quand prévoyez-vous d’être bénéficiaire ?
Léditeurenligne.com propose un changement du système actuel de distribution des livres. Aujourd’hui, les distributeurs gèrent les retours de livres invendus, le modèle économique coûte cher aux éditeurs, cela provoque de nombreuses faillites. Léditeurenligne.com produit et distribue les livres à la commande.
A ce jour, 5 titres sont au catalogue. Nous projetons d’éditer un à deux livres par mois, hors décembre et août qui sont des mois creux. En clôture de la première année, nous espérons vendre 1000 livres. Nous prévoyons d’atteindre le point mort d’ici 1 an ½, quand l’entreprise aura 2 ans, et espérons alors dégager un chiffre d’affaire de 100 000 euros. A ce moment, nous pourrons adopter un fonctionnement nouveau et embaucher un salarié.
Combien rémunérez-vous vos auteurs ?
Nous maintenons une rémunération à 10% du prix de vente, supérieur au taux pratiqué par les éditeurs papier, qui tourne autour de 8% voire 6%. Même si les prix de vente du numérique sont inférieurs à ceux du papier, la rémunération me semble juste. J’en discutais, il y a peu, avec le patron de la Société des Gens de Lettres : l’idée de rémunérer les auteurs à 50% n’est juste pas envisageable pour une maison d’édition, car elle n’est pas viable économiquement. Il faut investir beaucoup pour stimuler la visite d’un site marchand. Avoir un site ne suffit pas à vendre.
Aujourd’hui qui travaille à Léditeurenligne.com ?
Nous sommes trois : deux éditeurs qui s’occupent des choix éditoriaux, Patricia Rey et moi, et John Ollendorff qui gère l’entreprise. Patricia Rey, mon associée et éditrice, s’occupe davantage de la stratégie que moi.
Patricia Rey et moi tenons à ce qu’il y ait un véritable travail éditorial sur chaque livre. C’est un positionnement auquel nous sommes très attaché. Ce qui n’est plus tenu par les éditeurs papiers, nous y tenons, c’est notre manière de garantir la qualité des livres que nous éditons.
Quel est votre positionnement en matière de choix éditoriaux ? Comment vous différenciez-vous de vos concurrents ?
Nous sommes les seuls à publier du théâtre sur le net. Nous choisissons des textes de théâtre qui s’inscrivent entre le public et le privé, des pièces exigeantes mais accessibles à un grand nombre. Nous publions aussi des romans et des grosses nouvelles.
Nous sommes aussi la seule maison d’édition qui a fait le choix du papier et du numérique. Sur le numérique, il existe des jeunes maisons d’édition qui font des choix différents des nôtres : des formats très courts, des nouvelles d’une page par exemple, ou ciblés plus professionnels, avec des sujets de sciences humaines.
Comment voyez-vous Amazon ? Un concurrent direct sur un marché voisin ?
Plus il y aura de libraires en ligne, plus les ventes de numériques progresseront. Aujourd’hui, nous vendons plus de papier que de numérique ; dans ce contexte, Amazon est un partenaire davantage qu’un concurrent. Je sors d’une discussion avec une plateforme canadienne qui souhaite nous diffuser dans toutes les librairies canadiennes. La seule différence est que les distributeurs en ligne sont plus gourmands : ils prennent entre 40 et 60% des ventes. Mais cela est à mettre en lien avec le fait qu’ils ont une visibilité bien supérieure à celle des éditeurs classiques.
Vous utilisez la plateforme de téléchargement de livres Izibook. Qu’est-ce que cela vous apporte ?
En août dernier nous avons été hacké avec une demande de rançon pour débloquer le site. Notre ingénieur nous a sauvé de cette situation tout en nous mettant en garde contre de prochaines attaques et surtout d’un Cheval de Troie éventuel laissé par les hackers et qui peut réapparaitre d’un jour à l’autre. Ce coup a été comme un électrochoc pour nous qui étions investis dans ce projet depuis 2 ans. Nous avons donc opté pour la plateforme Izibook qui nous offre une sécurité. Mais cela a un coût : 10% des ventes papier et 20% des ventes numériques.
Quelle est l’évolution du marché du livre numérique ?
Aux Etats Unis, la progression du marché du livre numérique est passée de 3 à 20% en 3 ans. En France, c’est plus lent, il faudra 2 ans pour que le marché acquière une maturité suffisante. Mais nous sommes là !
Techniquement, le marché progresse… Les chercheurs travaillent aux futurs modes de lecture : on dépassera bientôt le stade du clic pour tourner les pages.
Quel avenir pour Léditeurenligne.com ?
Nous avons aujourd’hui 200 visiteurs uniques par jour et visons un objectif de 2000.
Nous misons sur l’évolution des outils numériques pour nous développer : nous sommes bien référencés sur Google et développons une Application iPhone…
Propos recueillis par Virginie Mandaroux
Le 3 décembre 2010








